CAPGEMINI : #mesIntérêtsForever au détriment des salariés et du dialogue social

Publié le 21/04/2020
Nous sommes salariés d’un grand groupe international, fleuron du CAC40 et leader dans sa branche. Nous nous exprimons sur ce qui se passe actuellement dans notre entreprise. 
 

Nous avons choisi la CFDT, parce que nos valeurs de solidarité font de nous des militants engagés dans la défense des droits des salariés, dans le respect des égalités et des diversités, avec toujours une inaltérable volonté de dialoguer sur tous les sujets de nos environnements professionnels et sociaux.

Mais nous sommes d’abord des citoyens, attentifs à ce qu’en toutes circonstances les intérêts collectifs priment sur les intérêts individuels. C’est aussi cela le sens du Pacte de Pouvoir de Vivre dans lequel s’est engagée toute la CFDT depuis plus d’un an. Cette période de confinement nous a montré à quel point la solidarité est importante et combien ce sont les personnels de santé, de nettoyage, de sécurité et toutes ces personnes aujourd’hui sur le terrain qui sont les vrais premiers de cordée.

Aussi, la CFDT a logiquement dès le 24 mars demandé à Capgemini l’annulation des dividendes pour 2020 et leur réaffectation au maintien des emplois et de l’activité dans le groupe. Alors que Capgemini décidait unilatéralement de recourir à l’activité partielle, la CFDT a également pris l’initiative de demander une négociation pour encadrer la mise en œuvre de ce dispositif.

A ce jour, la seule réaction du groupe à nos initiatives est l’engagement de Paul Hermelin d’aborder le sujet des dividendes au prochain Conseil d’Administration.

Capgemini est aussi le reflet de ce qu’est aujourd’hui le monde du travail : au bénéfice de quelques-uns, solidarité et dialogue social sont sacrifiés sur l’autel de la rentabilité. Capgemini, c’est aussi l’image d’un certain monde du travail français que quelques-uns voudraient établir partout, un monde sapé, désagrégé et pollué par les ordonnances travail de l’actuel Président de la République.  La crise sanitaire actuelle permet de creuser toujours un peu plus un abysse où l’hygiène, la sécurité et la santé au travail des salariés sont les grands oubliés, pour ne pas dire les exécutés de la réforme des CHSCT.

Près de 320M€ alloués aux dividendes. 600M€ réservés pour le programme de rachat d’actions. L’acquisition d’Altran. Non, le groupe Capgemini n’est pas dans le besoin (1) au point de solliciter des subsides de la solidarité nationale. Si tel était le cas, pourquoi aucun indicateur économique ou financier n’a été partagé depuis plus d’un mois avec les instances du personnel et les organisations syndicales ? Les principaux bénéficiaires du dispositif d’activité partielle devraient être les nombreuses petites entreprises du secteur qui courent, eux, un risque réel de disparaître.

Voir le leader des ESN contourner sournoisement l’obligation de négocier avec les partenaires sociaux pour pouvoir imposer des congés est intolérable : pour que les salariés qui seront mis en activité partielle puissent espérer un maintien intégral de leur rémunération nette, l’entreprise leur « SUGGERE » de prendre 9 jours de congés sur le 2ème trimestre !

Rappelons qu’un accord serait parti sur une base légale de 5 jours ouvrés maximum !

Et si l’autre condition pour un maintien de rémunération semble positive pour l’employabilité et l’évolution des compétences des salariés, à savoir consacrer au moins 5 jours sur chaque mois de ce 2ème trimestre à se former, il serait indécent que Capgemini sollicite une aide de l’OPCO Atlas pour financer ces formations. Ici aussi, c’est aux entreprises et salariés du secteur en grave difficulté que ces aides doivent aller prioritairement.

La démarche de Capgemini est inacceptable, indigne, immorale !

Le slogan #StrongerTogether scandé à tout bout de champ dans les communications de Capgemini sur les réseaux sociaux ne doit pas être qu’un outil de propagande. Il doit témoigner d’une vraie solidarité, d’une forte résilience et d’une indéfectible unité. Ce slogan ne doit pas en masquer un autre moins glorieux comme #MesintérêtsForever.

A notre première exigence de réaffectation des dividendes au maintien de l’emploi et de l’activité dans le groupe, la CFDT considère que la communication et les actes de Capgemini sur sa responsabilité sociale et économique doivent se traduire concrètement par :

  • Le maintien sans conditions de la rémunération nette des salariés qui seraient mis en activité partielle,
  • Le non-recours aux dispositifs nationaux et de branche de solidarité,
  • La réaffectation des bonus, variables et jours de congés non pris et non reportés fin juin 2020 à un fonds de solidarité destiné aux salariés de l’UES les plus en difficultés, et dont la gestion serait copilotée par les organisations syndicales représentatives sur l’UES.
  • Le renforcement des dispositifs de l'accord GPEC (Gestion Prévisionnelle des Emplois et des Compétences) pour favoriser notamment la mobilité interne, si la baisse d'activité est confirmée sur 2020 et concentrée sur des bassins d'emploi en grande difficulté.

Lien vers le site internet de la section CFDT de Capgemini : https://cfdt2capgemini.org/

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(1)         Commentaire de Paul Hermelin et Aiman Ezzat à l’issue du Conseil d’Administration du 12 février 2020 : « Les bons résultats de 2019 s’inscrivent dans la dynamique enclenchée il y a maintenant plusieurs années. La croissance de notre chiffre d’affaires est une nouvelle fois au-dessus de la moyenne du marché, comme nous nous y étions engagés. Notre marge opérationnelle progresse pour la 9ème année consécutive et nous avons largement dépassé notre objectif en matière de génération de trésorerie. La qualité de cette performance financière démontre ainsi la solidité de notre modèle et notre rigueur de gestion. »

Source : https://investors.capgemini.com/fr/publication/résultats-annuels-2019/